N.D.E.

Popularisées par les travaux entre autres de R. Moody et de E. Kübler-Ross, les NDE sont maintenant suffisamment répertoriées bien que la source de ces visions reste encore inexpliquée. Chaque expérience est différente et pourtant, des points communs permettent de les relier au même phénomène et même de les classer en catégories.

Rien, à part l'interprétation subjective qu'en font après coup ceux qui l'ont vécue, ne permet d'en tirer des conclusions sur une vie après la mort. Cette interprétation étant elle-même nécessairement faite selon les croyances culturelles et la limitation des connaissances de chacun.

L'interprétation faite au réveil des phénomènes vécus n'est jamais... qu'une interprétation. Et celle-ci n'est pas exempte de la volonté de se rassurer sur ce vécu sans référent.

D'autant que les croyances en question, surtout celles concernant la mort donnent un bon prétexte pour s'endormir sur une "certitude" et font obstacle à l'irruption de la réalité ultime.

Les Américains ont beaucoup travaillé sur les NDE. Des travaux ont comparé les NDE, la prise d'hallucinogènes et le fond psychologique commun décrit par Jung (qui vécu une NDE). Ils ont conclu à une très grande similitude d'images et d'impressions. G. Gabbard et S. Twemlow ont comparé les expériences proches de la mort avec des expériences de sorties du corps et ont conclu qu'il n'y avait pas de caractéristiques exclusives aux NDE mais que celles-ci comportaient néanmoins un certain nombre de caractères qui les différencient des autres expériences hors du corps.

Fait très important : des travaux démontrent que les NDE sont quasi inexistantes lorsque le sujet sait à l'avance qu'il va subir un arrêt cardiaque, lors d'une opération par exemple.

Enfin, d'autres chercheurs ont comparé deux groupes : l'un composé de patients ayant réellement frôlé la mort après un arrêt cardiaque de plus de 20 minutes sans intervention médicale. 40 minutes étant le maximum atteint jusqu'à présent et un autre groupe composé de gens n'ayant pas été réellement en danger de mort (arrêt cardiaque de moins de 3 minutes).

Les patients des deux groupes rapportent des expériences similaires mais les témoignages de ceux qui ont réellement frôlé la mort ont une tendance à rapporter un plus grand rehaussement des perceptions et des facultés cognitives malgré l'évidence que le cerveau ait souffert et que certaines parties soient définitivement détruites.

Les chercheurs regrettent que cette destruction cérébrale empêche toute investigation plus poussée.

Quoi qu'il en soit, les NDE étant souvent liées à l'imminence de la mort, sujet de ce dossier, nous vous livrons 2 témoignages inédits. L'un au cours d'un arrêt cardiaque de 25 secondes, l'autre suite à une rencontre entre un homme et un train !


Les infirmières me déshabillent, (dommage je suis déjà à moitié dans les vaps). J'entends des tintements, et des étincelles claquent et frétillent devant mes yeux. Une des infirmières détache ma ceinture. Je me sens partir peu à peu, comme une bougie qui s'éteint à la fin de sa combustion. Je m'enfonce dans une bouillie de plus en plus épaisse qui me ralentit. Je sais que les infirmières sont là et continuent leur travail et je les vois mais ce ne sont pas mes yeux qui les voient.

Je ne sens plus rien venant de mon corps. Ni les manipulations du personnel, ni les lumières crues au-dessus de moi, ni les voix étouffées pourtant, je les perçois tout de même... mais autrement, sans que cela ne vienne ni des yeux ni des oreilles. Étranges perceptions.

Je me rappelle parfaitement chaque détail : quand elles ont collé les électrodes sur ma poitrine, quand elles m'ont ouvert la bouche pour y glisser quelque chose, quand le médecin est entré et avec un regard méprisant : «Il est ivre mort ce gars !», «Non monsieur, pas d'éthylisme, bagarre de rue, c'est la police qui l'a amené».

J'entends et je vois tout ce qui se passe dans la salle de l'hôpital : le signe discret d'une des infirmières pour signaler le cardiogramme qui descend de façon alarmante, le signe du médecin se voulant rassurant. Plus aucune pensée n'existe. Juste des sensations. Et je suis là, face à elles, totalement détaché. Je m'en fous. Je n'éprouve rien par rapport à ce qu'elle peuvent faire à ce corps dont je ne suis plus très sûr que ce soit moi.

Et pourtant, je ressens une confiance absolue.

Et pendant ce temps, je me déplace (quel "je" ?) à une vitesse effarante. Droit devant moi. Dans ce qui semble un cône dont la matière elle-même est une lumière blafarde et pourtant éblouissante.

Un grondement très grave et puissant m'accompagne. Il n'est pas dans cet "endroit" mais il existe seulement parce que j'y suis. Il n'a ni origine ni localisation mais il est là et il sature ma perception auditive que je n'ose appeler ouïe. Hors du cône, alors que je ne peux rien en "voir", ce sont, j'en suis formellement persuadé les ténèbres les plus absolues et le silence le plus total.

Cette double perception de ce qui se passe dans la salle de l'hôpital et de ma situation dans ce cône me semble tout ce qu'il y a de plus normal et naturel. J'observe les événements avec une acuité incroyable. Non, ce n'est pas j'observe : les événements "m'imprègnent" avec une richesse de détails inégalable.

Au bout du tunnel de lumière se trouve une autre lumière, éclatante, plus éclatante que la lumière du soleil d'été. Pourtant, je peux la "regarder" sans ciller. Elle est toute proche, blanche, si pleine. Bien que je fonce vers elle, la distance qui m'en sépare reste toujours la même.

Puis subitement, une activité fébrile autour de moi... et l'incompréhension sur les visages quand le cardiogramme s'arrête vraiment. Mais tout cela me semble n'avoir aucun intérêt. Des fourmis qui s'agitent dans leur univers de fourmis.

Me vient un souvenir datant de mon enfance, un autre, datant d'avant hier, 3 autres en même temps, plus ou moins anciens, puis 100 d'un coup, dans le désordre chronologique total. Ils remplissent ma tête, quelle tête d'ailleurs ? Je suis léger, je n'ai plus de corps, c'est quelque chose qui existe ça, un corps ? Plus aucune forme. Je suis seulement ce flot instantané de 50000 souvenirs et de 10000 impressions simultanés.

Je connais tous mes actes, du plus anodin au plus important, tous ceux qui ont engendré de l'harmonie, tous ceux qui ont causé du tort. Je ne les juge pourtant pas, juste, je constate leurs conséquences, les trie et les compare. Automatiquement. Sans émotion. Comme un ordinateur.

Autour de moi, il y a d'autres souvenirs qui ne m'appartiennent pas ceux-là et qu'il ne me revient pas de trier.

Je suis bien. Comme dans du coton hyper doux-doux et ce cocon doux-doux, c'est de l'Amour pur, l'Amour qui est la substance de mon être, un Amour qui est Lumière Insoutenable et puis...

STOP

Tout s'arrête...

L'univers suspend son souffle...

... et je réémerge, je jaillis à la surface de ce monde comme un apnéiste remontant d'une plongée profonde.

Je suis là, dans cette salle d'hôpital avec des gens qui s'affairent autour de moi.

Je pleure...

Je sais même pas pourquoi.

Ou plutôt si, je pleure parce que je viens de quitter mon foyer, je pleure parce que je sais maintenant, ce que j'ai seulement à me rappeler, ma plus belle, ma plus grande leçon :

Le Plus Important de la Vie, C'est l'Amour.
Le But Ultime de l'Existence, C'est de Jouir de la Vie.

Je me prépare pour une sortie en discothèque. Bien sapé mais avec des chaussures trop grandes, je me presse avec deux copains vers la gare.

Dans le passage souterrain, je croise une copine de classe. Après une brève conversation, je me hâte vers le quai car le train est déjà là et se prépare à partir.

Je vois mes amis me faire signe par la portière alors, je saute sur la première marche... je me prends dans mes chaussures trop grandes, glisse et tombe entre le train et le quai...

...

Je suis entouré d'appareils et de tuyaux dans une salle de soins intensifs.

Brusquement, toute ma vie défile en ce qui me semble une fraction de seconde. Des images oubliées apparaissent pour monter dans ma conscience. Des images de maintenant, de ma petite enfance, tout se mélange.

Tout à coup, je me sens léger, comme en apesanteur, plus aucune douleur, tout libre. Je me contemple moi-même, en dehors de mon corps allongé, entouré de tous ces appareils.

Je plane au-dessus de ce corps, le "moi" auquel je peux m'identifier s'éloigne en coulant et dans l'instant, je vois l'hôpital d'en haut, loin en dessous, qui s'éloigne de plus en plus. L'horizon apparaît puis le globe terrestre en son entier...

Et c'est l'obscurité, le vide et l'obscurité.

Entouré de rien, comme dans une sombre grotte je vois ou plutôt ressens une lumière. D'abord un point ou est-ce une étoile ?...

C'est maintenant une lumière incroyablement lumineuse pleine de chaleur qui se rapproche de moi.

Je la ressens comme un retour à la maison. Quelque chose que je connais déjà, plus familier que tout ce que j'ai pu connaître avant.

Je me fonds avec cette lumière, entouré d'âmes connues, je plonge en un tout comme en un orgasme absolu et...

Me revoilà dans cette chambre d'hôpital, entouré de tous ces appareils qui bipent et glougloutent. Je comprends que pour moi le moment n'est pas encore venu !

Félix

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